Objets d'inspiration mythologique et littéraire
1 Avril 2013
L'expression "tomber de Charybe en Scylla" me fascine depuis que je suis toute petite... Dans mon imagination d'enfant, elle sonnait comme une formule magique invoquant un malheur imminent qu'on ne saurait éviter.
Dans les récits mythologiques, les marins pris en tenaille entre ces deux monstres n'ont guère le choix: ils n'échappent à l'un que pour mieux tomber dans le piège de l'autre... C'est pourquoi j'ai immédiatement pensé à des serre-livres pour matérialiser ces deux créatures.
Petit rappel du mythe:
Charybde et Scylla sont deux monstres marins que Thucydide place dans le détroit de Messine.
La magicienne Circé en fait une description saisissante au chant XII de l'Odyssée:
"C'est là dedans que gîte Scylla aux aboiements terribles. Sa voix n'est pas plus forte que celle d'une chienne nouveau-née; c'est pourtant un monstre affreux : personne n'aurait joie à la voir, même si c'était un dieu qui la rencontrât. Elle a douze pieds, tous difformes; et six cous, d'une longueur singulière, et sur chacun une tête effroyable, à trois rangées de dents, serrées, multiples, pleines des ténèbres de la mort. Elle s'enfonce jusqu'à mi-corps dans le creux de la caverne; elle tend ses têtes hors du gouffre terrible, et de là elle pêche, explorant la roche tout entière, dauphins et chiens de mer, et, à l'aventure, elle prend quelque monstre plus gros, comme en nourrit par milliers Amphitrite aux forts mugissements." (Traduction de M. DUFOUR)
Charybde, quant à elle, "engloutit l'eau noire. Trois fois par jour elle la rejette et trois fois elle l'engloutit avec un bruit effroyable" (ibid.).
L'histoire de Charybde:
Dans son Commentaire à l'Enéide, le grammairien Servius fait de Charybde la fille de Poséidon et Gaia. Extrêmement vorace, la jeune femme aurait volé à Héraclès des boeufs afin d'assouvir sa faim. Excédé par son comportement, Zeus l'aurait punie en lui conférant une apparence en adéquation avec sa voracité permanente.
L'histoire de Scylla
Selon Ovide, Scylla était à l'origine une jeune femme d'une grande beauté. Le dieu marin Glaucus s'éprit d'elle mais Scylla repoussa ses avances. L'amoureux éconduit se rendit alors chez la magicienne Circé afin d'obtenir un philtre d'amour.
Emue par l'aveu de cet amour sincère, Circé tomba sous le charme de celui qui sollicitait son aide... mais Glaucus n'a d'yeux que pour Scylla. Folle de jalousie, la magicienne se rend dans la crypte où sa rivale a l'habitude de se baigner et empoisonne l'eau de son bain.
Cet épisode a inspiré à J.W. WATERHOUSE une toile que j'aime particulièrement, Circe invidiosa (Circé jalouse).
J.W. WATERHOUSE, "Circe invidiosa" ("Circé jalouse"), 1892, huile sur canevas, Art Gallery of South Australia
Bibliographie choisie:
Homère, Odyssée
Ovide, Métamorphoses